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The Italian Mitrokhin commission chairma

Depuis que la Cour de cassation a confirmé le 1er août dernier la condamnation de Silvio Berlusconi à quatre ans de prison, l’Italie vit une nouvelle période d’instabilité politique. Malgré cette sentence, Silvio Berlusconi reste très populaire au sein de l’électorat italien. Grand connaisseur de la réalité politique italienne, Paolo Guzzanti, journaliste, essayiste et ex-parlementaire de centre-droite, nous reçoit chez lui, à Rome. Il nous explique pourquoi l’ex-Premier ministre italien reste susceptible de rester sur le devant de la scène.

Comment expliquez-vous la persistance de la popularité 
de Silvio Berlusconi?
Tout d’abord, l’histoire de la République montre que la majorité de l’électorat italien n’a jamais souhaité élire la Gauche au pouvoir, s’exprimant même contre celle-ci.
En plus, bien qu’il soit décrit, surtout à l’étranger, comme un pitre grotesque, Berlusconi reste aujourd’hui très populaire, selon le principe de l’« underdog »: il est le joueur qui s’oppose au favori et qui attire les faveurs du public. Il est aussi l’homme persécuté : bon nombre d’Italiens le soutiennent, car ils ne considèrent pas la justice italienne comme crédible.

Comment est-ce que vous expliquez cela ?
La magistrature italienne est une corporation de pouvoir. À l’époque de Tangentopoli, le vaste système de corruption que l’enquête Mani pulite a révélé en 1992, lorsque les partis historiques ont été balayés, les magistrats ont rempli le vide de pouvoir. Le Parquet de Milan intimait alors l’ordre au Parlement de légiférer! C’est une caste autoréférentielle. C’est un cas unique : en France la magistrature, à y regarder de près, répond à l’Exécutif. Dans les pays anglo-saxons, en partie, elle rend compte à l’électorat. En Italie, la magistrature ne jouit pas de l’autorité et du respect qu’elle a dans ces pays.

Comment jugez-vous la condamnation prononcée en août contre Berlusconi ?
Je l’ai lue et elle ne me convainc pas. Elle ne présente aucune preuve irréfutable de sa culpabilité. Berlusconi peut aisément dire qu’elle n’est pas crédible et que les juges le visent personnellement. D’autant qu’une affaire liée à Antonio Esposito, le président de la Cour de cassation qui a rendu la sentence, vient d’émerger. Il y a deux ans, en présence de témoins, Esposito a fait des blagues, affirmant que si un jour il avait eu affaire à Berlusconi, il l’aurait ruiné. Le citoyen italien ne peut pas faire confiance à une justice manifestement partiale.

Le Cavaliere affirme qu’il est persécuté par les magistrats: êtes-vous d’accord?
Berlusconi a affronté d’innombrables procès. Je ne saurais dire s’il s’est rendu coupable de certains délits. Il se peut que oui. Je constate cependant qu’il a été l’objet d’un acharnement judiciaire atypique. C’est statistique : au fil de sa trajectoire politique, les procès envers Berlusconi se sont intensifiés.

Est-ce que la sentence contre Berlusconi va désintégrer la Droite italienne?
Non. Que cela nous plaise ou pas, la Droite italienne, c’est Berlusconi. Elle ne peut pas compter sur plusieurs dirigeants. Il détient personnellement la confiance d’une partie de l’électorat, estimée aujourd’hui à 27%. La Droite italienne disparaîtra avec le départ de Berlusconi et je pense que cela n’arrivera que lorsqu’il sera mort, quand il sera physiquement dans le cercueil. Tant qu’il sera vivant, Berlusconi restera un leader politique. Il a un charisme et exerce un pouvoir de séduction qui empêchent toute compétition pour le leadership de son parti.

Comment se fait-il qu’un seul homme puisse prendre en otage le gouvernement à cause de ses déboires avec la justice?
Il y a une dimension judiciaire et une dimension politique. La sentence de la Cour de cassation a des répercussions politiques. La preuve : dès que la sentence a été rendue, la Gauche a demandé à Berlusconi de se retirer de la scène politique, sachant pertinemment que son parti, sans lui, n’a pas de réelle existence. Preuve en est: le Président de la République vient de supplier Berlusconi de ne pas faire tomber le gouvernement de coalition ; il s’est adressé au leader politique et non pas à Berlusconi en qualité de repris de justice.

Comment l’Italie peut-elle sortir de l’instabilité actuelle ?
Je peux me tromper, mais je pense que Berlusconi ne va pas faire le choix de provoquer une crise de gouvernement. À mon avis, il n’y aura pas de nouvelles élections dans l’immédiat. Par ailleurs, en ce moment, Berlusconi serait susceptible de les gagner. Si Berlusconi retire son soutien, le gouvernement de coalition tombera. Il se peut qu’une autre majorité se crée, mais je ne crois pas que le Président de la République donnera mandat à un gouvernement porté par une majorité instable, faible ou dépendante de Beppe Grillo.

Quelle serait la meilleure issue à votre avis ?
Je pense que la meilleure solution consisterait en élections organisées dans une année, idéalement sur la base d’une nouvelle loi électorale. Avec le gouvernement Monti, l’Italie a été placée dans une situation inconstitutionnelle dictée par l’urgence. Lors des dernières élections, l’électorat a voté à un tiers pour le PD, à un tiers pour le mouvement de Grillo et un tiers pour Berlusconi, ce qui a conduit à l’actuel gouvernement de coalition. Il faudra que le peuple confirme son vote.

Et la plus mauvaise ?
Le plus mauvais parmi les scénarios serait que Giorgio Napolitano, irrité et fâché, démissionne et bloque la politique italienne. La réalité politique italienne dépasse toujours la fantaisie. Mais je souhaite à mon pays qu’il puisse trouver, dans l’année qui vient, une alternative à Berlusconi. ♦

*Paolo Guzzanti est né en 1940 à Rome. Il a été journaliste à « Il Punto », « L’Avanti ! et « La Repubblica ». Il a été éditorialiste et correspondant aux États-Unis de « La Stampa », vice-directeur de « Il Giornale » et éditorialiste de « Panorama ». Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « Ustica, la verità svelata » (1999), « Guzzanti vs. Berlusconi » (2009), « Guzzanti vs. De Benedetti ” (2010) et « Senza più sognare il padre » (2012). En 2010 il a publié un pamphlet intitulé « Mignottocrazia » : une critique acérée des rapports entretenus par Berlusconi avec les femmes et de la condition féminine en Italie. Élu sénateur en 2001 avec le PDL, il a présidé de 2002 à 2006 la Commission d’enquête parlementaire relative à l’infiltration d’agents du KGB dans l’Italie de l’après-Deuxième guerre. Député du Parlement jusqu’en 2012, il a quitté , en 2009, le PDL critiquant durement Silvio Berlusconi pour ses liaisons avec Vladimir Poutine.

17heures,  mardi 26 février. Les résultats des élections italiennes sont connus. C’est la conférence de presse de Pier Luigi Bersani. Le leader du « Partito Democratico » a l’expression fatiguée. Ses mains manipulent les lunettes. Son verbe est lent. Son discours peine à trouver le rythme. L’enthousiasme n’est pas là, mais Pier Luigi Bersani fait face à l’orage qui depuis l’après-midi de lundi n’a pas cessé de tomber. Le leader du PD n’a pas laissé de trace au cours de la campagne électorale. Depuis le retour de Silvio Berlusconi il a subi l’agenda définie par le Cavaliere qui avait lancé, entre autre, l’idée de supprimer et rembourser l’impôt sur l’habitation principale, l’IMU. D’un autre côté Beppe Grillo, lors de sa campagne, remplissait les places, réunissant quelques centaines de milliers de personnes lors du dernier rendez-vous à Saint Jean, à Rome.

Pier Luigi Bersani a été le discret ministre de l’industrie du premier gouvernement Prodi et de celui qui a suivi, présidé par Massimo D’Alema ; de 1996 à 1999. Lors du deuxième gouvernement Prodi, après les élections de 2006, il a été le ministre du développement économique jusqu’en 2008: là aussi, rien à signaler. Pier Luigi  Bersani n’a jamais été un grand communicateur, n’a jamais eu ni la conviction de Silvio Berlusconi ni la verve et la rage de Beppe Grillo. Dès lors, il est très compliqué de se souvenir d’une proposition concrète qu’il a prononcée pendant la campagne électorale. La seule qui aujourd’hui résonne dans la mémoire des italiens est une phrase affirmant que le PD allait effacer les tâches du jaguar, c’est-à-dire de Silvio Berlusconi. Une citation qui fait aujourd’hui l’objet de moqueries ventant de tout bord.

Lors de la conférence de presse de l’après-vote, Pier Luigi Bersani a de nouveau prononcé des mots qui indiquent le décalage qu’il existe entre son discours et la réalité exprimée par le vote des italiens. Il a par exemple affirmé que le Parti Démocrate n’a pas gagné les élections mais qu’il est arrivé premier. L’humoriste Maurizio Crozza a résumé ainsi : « c’est comme si je disais à une femme qui n’a pas couché avec moi que j’ai tout de même aimé ». Ou alors, il a dit que le verre est à demi rempli mais qu’il faut le regarder par les deux côtés. Bref, Pier Luigi Bersani a été incapable d’admettre et dire la défaite.

Le leader du PD a ajouté que l’heure n’est pas aux accords et alliances parlamentaires afin de former une majorité, mais qu’il est temps de définir des moyens d’actions et des propositions utiles à l’Italie. Il a donc annoncé que son parti va présenter au Parlement une série de propositions relatives aux initiatives sur le travail, aux coûts de la politique, aux partis et à la morale en politique. Malheureusement, il n’a pas donné de détails, mais a admis que le succès de Beppe Grillo fait que son action soit aujourd’hui plus définie. La balle est dans le terrain du « Movimento 5 stelle » qui selon Pier Luigi Bersani ne pourra pas uniquement attendre et choisir, mais devra aussi proposer.

L’impression donnée par Pier Luigi Bersani est celle d’un politicien sans convinction au début de la campagne électorale, sauf que le vote a déjà eu lieu. Et il aurait fallu présenter un programme clair et concret il y a des mois plutôt qu’aujourd’hui. Comme si seul l’urgence due à la fracassante victoire de Beppe Grillo ait poussé Pier Luigi Bersani à plus de décision. Une espèce de morne et paradoxal début de campagne électorale à la fin. Ou s’agit-il plutôt, pour Pier Luigi Bersani, du début de la fin ?

L’Italie s’apprête à connaître le résultat des élections législatives auxquelles elle est arrivée à la suite d’une dernière semaine de campagne électorale passée à une vitesse éclair, âprès la renonciation du Pape et l’anesthésie du Festival de la chanson italienne de Sanremo.

D’après ses médias l’Italie paraît étourdie tandis que le résultat des élections évoque un calvaire avant même d’être connu. C’est qu’en Italie, bien qu’il y ait des candidats premier, ce sont des listes bloquées que le citoyen doit voter. Ainsi un facteur déterminant pour l’issue des votations est la loi électorale dont la première version a été écrite en 2005 par Roberto Calderoli, un député de la Lega del Nord, et qui l’avait surnommée une « porcata », une cochonnerie.

Une loi électorale conçue d’après une initiative de la coalition de centre droit conduite par Silvio Berlusconi pour empêcher « l’Unione », la coalition de centre gauche, d’emporter facilement les élections d’avril 2006. A la tête de « l’Unione » Romano Prodi, l’ancien professeur d’économie et ministre de la Démocratie chrétienne qui avait déjà été Président du Conseil en 1996 quand il avait battu Silvio Berlusconi. En 2006, afin d’emporter les élections, la composition de la coalition de centre gauche a été le résultat d’une composition très hétéroclite, allant de la gauche postcommuniste à l’ «Udeur» de Clemente Mastella, un homme issu de la Démocratie chrétienne. Une coalition qui a vu fondre son avantage sur celle conduite par le Cavaliere au cours de la campagne électorale et qui a remporté de très peu les élections. Le deuxième gouvernement Prodi a donc eu une assise très précaire, victime de chantages venant de l’intérieur de la coalition, et est tombé en mai 2008.

Aujourd’hui, le destin du futur gouvernement italien semble le même que celui conséquent aux élections de 2006. La coalition de centre gauche ne semble pas pouvoir obtenir une majorité claire, surtout au Sénat. Aussi, de toute manière, Pier Luigi Bersani, le leader du PD, a déjà dû s’allier avec Nichi Vendola, le gouverneur des Pouilles dont le discours est imbibé d’une osseuse idéologie communiste.  De plus, le retour de Silvio Berlusconi et le poids des élus du mouvement conduit par Beppe Grillo, le « Movimento 5 stelle », risquent  de réduire encore plus la marge de manoeuvre de Pier Luigi Bersani qui pourrait se voir contraint à une alliance avec Mario Monti pour pouvoir envisager une majorité et gouverner l’Italie.

Mais c’est sans compter le mouvement de Beppe Grillo qui pourrait faire une fracassante entrée dans le Parlement italien.  Et le discours de l’ex-humoriste italien, devenu tribun médiatique et politique, n’offre pas de compromis et fait que celui de Perón ressemble à un projet politique modéré. Est-ce que le mouvement de Beppe Grillo aura la même destinée que celui de la Lega dès qu’il entrera au Parlement ? Enfin, le Cavaliere pourrait encore une fois surprendre et il n’est pas prêt à aucune concession face à la coalition de centre gauche.

Bien que le résultat des votations ne soit pas encore connu, il est donc à parier que le prochain gouvernement italien n’aura pas une longue vie. Il se peut donc que le seul grand gagnant de ces élections italiennes puisse être le chaos découlant sur une forte instabilité.