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Cher enfant Jésus,

J’aurais pu écrire au Père Noël, à San Nicolas ou aux Rois Mages parce que tes cadeaux c’était eux qui les avaient apportés : l’or, l’encense et la myrrhe. Donc il aurait fallu que j’écrive à Gaspard, Melchior et Balthazar pour ma requête, mais cela nous aurait fait attendre jusqu’en janvier et la question est assez urgente. Voix-tu, cher enfant Jésus, si je t’écris ce n’est pas pour que tu m’offres quelque chose, mais pour te demander de faire un cadeau à Fathi Derder. Je sais bien que cela peut paraître étrange, cependant je te garantis que -si tu accèdes à ma requête- tu vas me rendre heureux aussi puisque tu vas transformer mon quotidien pendant quelques années. Et pas seulement le mien, mais aussi celui de plein de personnes qui comme moi souffrent de l’actuelle situation.

Cher enfant Jésus, tu as certainement de très bons rapports avec les informaticiens du Ciel afin de réaliser mon voeu ou alors tu pourrais demander à ton père d’intercéder pour satisfaire ma demande. Je souhaite en effet que tu fasses cadeau à Fathi Derder d’un nouveau logiciel de génération et composition de ses articles. Certes, lors des dernières élections fédérales, tu lui a déjà offert un très joli cadeau lorsque l’élection d’Olivier Français lui a réouvert la porte du Conseil National qui, après le premier tour, lui apparaissait fermée. Un nouveau cadeau peut paraître beaucoup trop je l’admets, mais c’est indispensable. Je te rassure, cher enfant Jésus, je n’étais pas particulièrement heureux de son éventuelle non-élection puisque je ne cherche pas à mesurer mon bonheur par le malheur des autres. Cependant, je n’ai pas été très content non plus du retour de Fathi Derder au Conseil National car cela a signifié que je vais devoir lire ses articles pendant toute la législature. Et comme moi, plein d’autres lecteurs de la presse.

Le logiciel actuel qui génère les articles signés Fathi Derder n’est vraiment plus à jour. Non seulement il réitère à l’infini quelques mots clefs mais il commence à rouiller. Il n’a même pas été à la hauteur de reconnaitre que ce sont les votes UDC qui d’un côté ont permis l’élection d’Olivier Français et de l’autre le retour au Conseil National de Fathi Derder. Ce n’était pas Fathi Derder qui ne voulait en aucun cas d’accord PLR et UDC? Il aurait au moins dire un mot la-dessus, non?  Et puis, encoure et toujours, les lenteurs du Conseil National, les start-up, l’innovation, la recherche, l’EPFL, la technologie, l’innovation, la recherche, les lenteurs du Conseil National, les start-up, l’innovation, … ad libitum:  nous avons eu notre dose depuis trop longtemps maintenant et un nouveau logiciel de composition de textes automatique, un « super fathiderderatique 2.0 » par exemple, s’impose: le lui offrir serait vraiment oeuvrer pour le bien commun.

Ce serait bien pour Fathi Derder d’abord : comme ça au lieu de préconiser moins de mots et plus de faits, il pourrait se consacrer réellement à réaliser plus de faits. En plus, tu n’es pas sans savoir, cher enfant Jésus, que Fathi Derder étale régulièrement sa rengaine dans plusieurs quotidiens. Certes, la politique suisse est faite principalement par des miliciens, mais cela devrait au moins limiter l’activité du journaliste lorsque celui-ci continue à occuper de la place dans la presse tout en s’asseyant dans les bancs du Parlement. Alors, si d’un côté il y a une certaine résignation, ou une résignation certaine, relative à la quantité de tribunes, papiers, opinions et chroniques auxquelles Fathi Derder à accès et qu’il occupe, de l’autre lui faire cadeau d’un nouveau logiciel de génération et composition de ses textes, un programme puissant, créatif, issu des dernières technologies développées par les start-up les plus innovantes du Ciel serait une très agréable nouvelle, la bonne nouvelle de ce Noël afin de rendre tout ceci moins pénible à supporter.

Je te prie, cher enfant Jésus, d’accéder à cette requête puisque sans ton aide précieuse je crains  que cette situation pourrait s’enkyister et qu’il ne sera plus possible de résoudre cette question à moins d’engager à nos frais les services d’un nègre de qualité pour Fathi Derder. Mais un ghost writer disponible pour cette besogne est vraiment très difficile à trouver et il est certain -malgré une très alléchante offre- qu’il ne résiste que quelques mois à cette lourde, à cette insupportable tâche.

Tandis qu’avec un logiciel issu des toutes dernières technologies à la pointe, pensé par les start-up les plus innovantes du Ciel, développé par la recherche technologique de pointe du Paradis, produit par des pôles d’excellence de l’au-delà numérique -comme Fathi Derder aussi sait très bien- avec ce logiciel donc tout deviendrait vraiment plus simple et supportable.

Je te remercie, cher enfant Jésus, dans l’espoir de voir ma requête réalisée, pour que la nouvelle année et la législature fassent cadeau à Fathi Derder et à nous tous de plus bonheur et de paix.

The Italian Mitrokhin commission chairma

Depuis que la Cour de cassation a confirmé le 1er août dernier la condamnation de Silvio Berlusconi à quatre ans de prison, l’Italie vit une nouvelle période d’instabilité politique. Malgré cette sentence, Silvio Berlusconi reste très populaire au sein de l’électorat italien. Grand connaisseur de la réalité politique italienne, Paolo Guzzanti, journaliste, essayiste et ex-parlementaire de centre-droite, nous reçoit chez lui, à Rome. Il nous explique pourquoi l’ex-Premier ministre italien reste susceptible de rester sur le devant de la scène.

Comment expliquez-vous la persistance de la popularité 
de Silvio Berlusconi?
Tout d’abord, l’histoire de la République montre que la majorité de l’électorat italien n’a jamais souhaité élire la Gauche au pouvoir, s’exprimant même contre celle-ci.
En plus, bien qu’il soit décrit, surtout à l’étranger, comme un pitre grotesque, Berlusconi reste aujourd’hui très populaire, selon le principe de l’« underdog »: il est le joueur qui s’oppose au favori et qui attire les faveurs du public. Il est aussi l’homme persécuté : bon nombre d’Italiens le soutiennent, car ils ne considèrent pas la justice italienne comme crédible.

Comment est-ce que vous expliquez cela ?
La magistrature italienne est une corporation de pouvoir. À l’époque de Tangentopoli, le vaste système de corruption que l’enquête Mani pulite a révélé en 1992, lorsque les partis historiques ont été balayés, les magistrats ont rempli le vide de pouvoir. Le Parquet de Milan intimait alors l’ordre au Parlement de légiférer! C’est une caste autoréférentielle. C’est un cas unique : en France la magistrature, à y regarder de près, répond à l’Exécutif. Dans les pays anglo-saxons, en partie, elle rend compte à l’électorat. En Italie, la magistrature ne jouit pas de l’autorité et du respect qu’elle a dans ces pays.

Comment jugez-vous la condamnation prononcée en août contre Berlusconi ?
Je l’ai lue et elle ne me convainc pas. Elle ne présente aucune preuve irréfutable de sa culpabilité. Berlusconi peut aisément dire qu’elle n’est pas crédible et que les juges le visent personnellement. D’autant qu’une affaire liée à Antonio Esposito, le président de la Cour de cassation qui a rendu la sentence, vient d’émerger. Il y a deux ans, en présence de témoins, Esposito a fait des blagues, affirmant que si un jour il avait eu affaire à Berlusconi, il l’aurait ruiné. Le citoyen italien ne peut pas faire confiance à une justice manifestement partiale.

Le Cavaliere affirme qu’il est persécuté par les magistrats: êtes-vous d’accord?
Berlusconi a affronté d’innombrables procès. Je ne saurais dire s’il s’est rendu coupable de certains délits. Il se peut que oui. Je constate cependant qu’il a été l’objet d’un acharnement judiciaire atypique. C’est statistique : au fil de sa trajectoire politique, les procès envers Berlusconi se sont intensifiés.

Est-ce que la sentence contre Berlusconi va désintégrer la Droite italienne?
Non. Que cela nous plaise ou pas, la Droite italienne, c’est Berlusconi. Elle ne peut pas compter sur plusieurs dirigeants. Il détient personnellement la confiance d’une partie de l’électorat, estimée aujourd’hui à 27%. La Droite italienne disparaîtra avec le départ de Berlusconi et je pense que cela n’arrivera que lorsqu’il sera mort, quand il sera physiquement dans le cercueil. Tant qu’il sera vivant, Berlusconi restera un leader politique. Il a un charisme et exerce un pouvoir de séduction qui empêchent toute compétition pour le leadership de son parti.

Comment se fait-il qu’un seul homme puisse prendre en otage le gouvernement à cause de ses déboires avec la justice?
Il y a une dimension judiciaire et une dimension politique. La sentence de la Cour de cassation a des répercussions politiques. La preuve : dès que la sentence a été rendue, la Gauche a demandé à Berlusconi de se retirer de la scène politique, sachant pertinemment que son parti, sans lui, n’a pas de réelle existence. Preuve en est: le Président de la République vient de supplier Berlusconi de ne pas faire tomber le gouvernement de coalition ; il s’est adressé au leader politique et non pas à Berlusconi en qualité de repris de justice.

Comment l’Italie peut-elle sortir de l’instabilité actuelle ?
Je peux me tromper, mais je pense que Berlusconi ne va pas faire le choix de provoquer une crise de gouvernement. À mon avis, il n’y aura pas de nouvelles élections dans l’immédiat. Par ailleurs, en ce moment, Berlusconi serait susceptible de les gagner. Si Berlusconi retire son soutien, le gouvernement de coalition tombera. Il se peut qu’une autre majorité se crée, mais je ne crois pas que le Président de la République donnera mandat à un gouvernement porté par une majorité instable, faible ou dépendante de Beppe Grillo.

Quelle serait la meilleure issue à votre avis ?
Je pense que la meilleure solution consisterait en élections organisées dans une année, idéalement sur la base d’une nouvelle loi électorale. Avec le gouvernement Monti, l’Italie a été placée dans une situation inconstitutionnelle dictée par l’urgence. Lors des dernières élections, l’électorat a voté à un tiers pour le PD, à un tiers pour le mouvement de Grillo et un tiers pour Berlusconi, ce qui a conduit à l’actuel gouvernement de coalition. Il faudra que le peuple confirme son vote.

Et la plus mauvaise ?
Le plus mauvais parmi les scénarios serait que Giorgio Napolitano, irrité et fâché, démissionne et bloque la politique italienne. La réalité politique italienne dépasse toujours la fantaisie. Mais je souhaite à mon pays qu’il puisse trouver, dans l’année qui vient, une alternative à Berlusconi. ♦

*Paolo Guzzanti est né en 1940 à Rome. Il a été journaliste à « Il Punto », « L’Avanti ! et « La Repubblica ». Il a été éditorialiste et correspondant aux États-Unis de « La Stampa », vice-directeur de « Il Giornale » et éditorialiste de « Panorama ». Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « Ustica, la verità svelata » (1999), « Guzzanti vs. Berlusconi » (2009), « Guzzanti vs. De Benedetti ” (2010) et « Senza più sognare il padre » (2012). En 2010 il a publié un pamphlet intitulé « Mignottocrazia » : une critique acérée des rapports entretenus par Berlusconi avec les femmes et de la condition féminine en Italie. Élu sénateur en 2001 avec le PDL, il a présidé de 2002 à 2006 la Commission d’enquête parlementaire relative à l’infiltration d’agents du KGB dans l’Italie de l’après-Deuxième guerre. Député du Parlement jusqu’en 2012, il a quitté , en 2009, le PDL critiquant durement Silvio Berlusconi pour ses liaisons avec Vladimir Poutine.

Était-ce un souhait, un lapsus, de la courtoisie ou alors une gaffe ?
David Pujadas, au cours du JT de 20heures de France 2, a trébuché au cours de la question posée à Martine Aubry: « Si vous êtes élue Présidente de la République, ce qu’on vous souhaite, est-ce qu’il (DSK ndr) aura une place à vos côtés dans votre équipe ? ». Une manne pour la presse de l’Hexagone qui a épinglé la phrase du présentateur pour en faire le carburant de la polémique du jour.

La chasse aux petites phrases a commencé il y a un moment déjà et n’est pas prête de s’arrêter. Cette fois par contre, tandis que les candidats lâchent des piques et des répliques, c’est David Pujadas qui a dû affronter un scénario normalement destiné à ses interlocuteurs.
A-t-il fait part de ses idées politiques à travers le souhait exprimé ? A-t-il prononcé un lapsus révélateur ? David Pujadas répond par la négative, car il s’agissait –selon lui- d’une formule de courtoisie. Une réponse qui s’éloigne du devoir de réserve, mais qui fait émerger deux questions.

La première est liée à l’attitude engluée de révérence dont font preuve les journalistes vedettes comme David Pujadas face aux personnalités politiques du même rang que Martine Aubry. Car le souhait exprimé ou déguisé en aménité est comparable à l’excès de remerciements destinés à l’invité qui a bien voulu accepter l’invitation et répondre aux questions. Une manière de faire qui fait sursauter les journalistes anglo-saxons. Vu que le candidat se présente à travers un média de service public pour que le citoyen puisse constituer son opinion en vue du vote, à leurs yeux, il ne s’agit pas de bon vouloir, mais de devoir. Et un sobre merci suffit.
Dès lors, l’explication fournie par David Poujadas est plus sournoise que l’admission explicite d’une opinion politique. Comment est-ce que le journaliste à ce point obséquieux peut-il interroger le candidat, le questionner, être son watching-dog?

La deuxième question est liée au langage impersonnel. Avec « ce qu’on souhaite », David Pujadas ne s’est pas rendu entièrement responsable de la phrase qu’il a dite, c’est pourquoi il a pu se rattraper et faufiler derrière une argumentation chétive. La courtoisie implique en revanche un engagement personnel et incarné, sans quoi elle n’est que caresse dans le sens du poil ; flatterie produite en fonction d’intérêts sous-jacents qui adoucit l’interlocuteur mais qui irrite le public. Enfin, de deux choses l’une : ou David Pujadas a entaché son devoir  de réserve, ou il s’est produit dans une perceptible courbette.