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George Carlin

 Louis CK est l’un des meilleurs comedians en vie, sinon le meilleur. Vivant, car George Carlin est mort en 2008. Lors d’un hommage prononcé en 2010 à la mémoire de ce dernier, Louis CK explique pourquoi ce formidable comedian compte tant pour lui.

Louis CK raconte qu’il avait découvert le rire, qu’il souhaitait réussir à faire rire grâce à George Carlin; il avait donc commencé une carrière de comique. Il se produisait dans un stand-up d’une heure qu’il avait joué pendant quinze ans. « C’était de la merde » dit-il.

Louis CK raconte qu’il se sentait pris au piège par son heure de stand-up et par ses blagues alors que George Carlin revenait chaque année sur scène avec un tout nouveau spectacle. « Comment faisait-il ? ». Il avait finit par lui poser la question et George Carlin lui avait répondu que dès qu’un spectacle était fini, il jetait tout et il recommençait. Comment est-ce que Louis CK aurait pu se débarrasser de son spectacle? Désespéré, il prit la décision de suivre l’exemple de celui qu’il admirait: c’était la seule issue et il lui avait donné le courage de le faire. « Sauf qu’après avoir jeté les blagues sur les avions et les chiens que reste-t-il ? Il faut aller plus en profondeur, parler de tes sentiments, de toi.  Alors tu fais des blagues là-dessus, puis tu les jettes. Et puis tu vas encore plus en profondeur : tu parles de tes peurs et de tes cauchemars ». Louis CK dit qu’il avait commencé à suivre ce processus. «Qu’est-ce que je veux dire vraiment et que j’ai peur de dire ? ».

 « quand le spectacle était fini,  il jetait tout et recommençait »

Sans vouloir suivre la trace de ces deux formidables comedians, bien que je n’ai pas le talent de faire rire, j’ai été très marqué par cette question : « Qu’est-ce que je veux dire vraiment et que j’ai peur de dire ? ». J’ai été touché au point de vouloir essayer de mettre cela en pratique, au risque de m’en prendre plein la figure. J’ai alors pensé au fait que la mort de mon père serait une libération. Mais que cela n’est pas vrai, parce que j’ai tellement peur que mon père meure qu’en réalité, sa mort pourrait me libérer de cette peur, pas de mon père.

Mais tout ça est aussi faux. Ce qui est vrai et qui me fait vraiment peur c’est de croiser le regard de mon père sachant qu’il a lu ce que je viens d’écrire. Ce n’est pas drôle, je le reconnais. Mais j’ai imaginé mon visage à ce moment-là.

Et ça, ça m’a fait rire.  ♦

*hommage de Louis CK à George Carlin, mars 2010

Pauvre Oskar Freysinger

14 novembre 2012 — Un commentaire

calimero

Pauvre Oskar Freysinger. Bien sûr, il n’est résolument pas nazi. Son âme de poète vulnérable et de chansonnier sensible a dû être brutalement heurtée par la vision, il y a un an, de sa caricature dans les pages de « Vigousse », l’hebdomadaire satirique romand. Il ne s’agissait pas à proprement parler d’un point Godwin de la loi qui porte le même nom, selon laquelle lors d’une discussion enflammée l’un des intervenants finit par citer le nazisme. Il ne s’agissait pas non plus d’une simple reductio ad Hitlerum, et pourtant. Il y a un an Oskar Freysinger avait dû affronter une caricature signée par le dessinateur Pitch. Son cœur s’était probablement agité, l’émotion montant depuis le torse jusqu’aux premiers sanglots de quelques larmes se formant à la vue de la caricature d’un homme affublé d’un uniforme gris, d’un brassard rouge et qui grâce ou à cause d’une queue de cheval semblait le représenter. Oskar Freysinger devait sentir son sensiblerie percée par ce dessin qui –malgré l’absence d’une croix gammée ou d’une moustache caractéristique- pouvait évoquer le nazisme dans les yeux du lecteur.

« Oskar Freysinger devait sentir son sensiblerie percée par ce dessin qui –malgré l’absence d’une croix gammée ou d’une moustache caractéristique- pouvait évoquer le nazisme dans les yeux du lecteur »

Le personnage de la caricature envoyait des enfants à la douche. Dans le fond du dessin, un bâtiment, dont la cheminée laissait échapper une dense fumée noire. Du mauvais goût ? Bien entendu. Mais selon Oskar Freysinger c’était bien plus, il s’agissait d’une insupportable insulte. C’est pourquoi, à la suite du dessin, il a attaqué le dessinateur Pitch en justice. Il aurait pu inviter le dessinateur à un débat. Cependant, ainsi, il aurait dû entendre que le dessin n’était pas uniquement une offensive du dessinateur à son égard, mais aussi une réflexion du caricaturiste à la lecture de l’idée de l’UDC: écarter les élèves en difficulté, car handicapés ou étrangers, de la filière de l’enseignement obligatoire.

Une poursuite et un jugement auraient –dans les yeux et dans l’âme fragilisée d’Oskar Freysinger- dû régler le différend. Sauf que le martyr vice-président de l’UDC vient de perdre, les infractions de diffamation et de calomnie n’ayant pas été retenues par le Ministère public vaudois. Et Oskar Freysinger de dire son désarroi hier soir à Forum, sur les ondes de la Première. Il est un enseignant -il a expliqué- et il a été obligé d’affronter le regard de ses élèves. En plus, un exemplaire de « Vigousse » contenant la caricature posé sur son bureau : ça fait mal au cœur, ça blesse l’âme. Il faut le comprendre. D’autant plus qu’Oskar Freysinger, il l’a dit dans la même émission, n’a jamais attaqué personne de la sorte. Les nombreuses affiches de l’UDC à l’encontre des étrangers et des migrants -exposées partout dans les villes, dans les gares- les représentant soit comme des criminels, soit comme des hommes violents ou des voleurs de passeport helvétique, n’ont jamais été destinées à une personne en particulier. L’UDC a toujours choisi d’en attaquer cent pour en éduquer un plutôt que s’approcher de manière trop risquée à la diffamation ou à la calomnie individuelle. Il faut le croire, pauvre Oskar Freysinger. En Suisse la possibilité d’un recours collectif n’existe pas. Si un jour un étranger a trouvé des exemplaires d’affiches de l’UDC sur sa place de travail, il n’en est pas responsable. C’est la faute de l’étranger, car il n’était pas reconnaissable dans l’affiche. D’autant plus que les migrants et les étrangers se ressemblent et se confondent.

La justice est parfois injuste et surtout coûte chère. Oskar Freysinger aurait pu faire appel à l’encontre de la décision du Ministère public et poursuivre le processus judiciaire. Toutefois, il a déjà dépensé pas mal d’argent pour ce jugement en première instance et ne désire pas continuer au risque d’en perdre encore plus. Pauvre Oskar Freysinger, il a trois enfants aux études -a-t-il dit à l’antenne- et il faut bien le comprendre. D’autant plus que Christoph Blocher, multimillionnaire, ne lui a même pas offert le cadeau d’un jugement en appel. Et dire que pour Christoph Blocher ça aurait été peanuts. Quelle ingratitude après tout ce qu’Oskar Freysinger a fait pour l’UDC, alors qu’il est vice-président du parti. Pauvre Oskar Freysinger, il fait presque de la peine. ♦