Archives de subprimes

Cheveux poivre-sel, allure d’acteur hollywoodien. Sergio Ermotti, le nouveau grand Manitou d’UBS, rassure. À peine nommé, il a annoncé une nouvelle stratégie marquée par la prudence et la réduction des risques. C’est le retour à des valeurs typiquement helvétiques.
Pourtant, jusqu’à hier, Sergio Ermotti était l’archétype du manager agressif à l’américaine. Ayant gravi les échelons chez Merril Lynch, il est engagé en 2005 par la banque italienne Unicredit, dirigée par son ex-collègue Alessandro Profumo. Il en devient vite le numéro deux. À ce moment, Unicredit est très active dans le secteur des produits dérivés. Fin 2007, « Report » -l’émission d’enquête de la RAI 3 -dénonce ses pratiques : la banque pousse ses clients -des PME, des communes et des collectivités publiques- à l’achat de produits dérivés très complexes. Ils sont rentables, surtout pour Unicredit. Les clients, eux, ont perdu 1 milliard d’euros à cause de ces opérations.

Prises à la gorge par les intérêts dus, des entreprises sont contraintes à la fermeture. C’est le cas de Divania à Bari, avec 430 employés, qui a décidé d’attaquer Unicredit en justice : le procès est en cours. De plus, en octobre dernier, le parquet de Milan a annoncé la séquestration préventive de 245 millions d’euros chez Unicredit, accusée d’évasion fiscale en 2007 et 2008.
En septembre 2010, pris dans une tempête à propos d’actionnaires libyens au sein d’Unicredit, Alessandro Profumo démissionne. Au lieu de devenir numéro un, Sergio Ermotti décide aussi de quitter le navire, en se déclarant au passage très fier qu’Unicredit ait acquis « NewSmith », un opérateur très agressif dans le secteur des produits à risques et mis en cause lors de la crise des subprimes.

Arrivé chez UBS, Sergio Ermotti est nommé directeur ad interim lors du départ d’Oswald Grübel. La presse revèle alors qu’il siège dans une société panaméenne qui gère le palace « Villa Principe Leopoldo » à Lugano. Sergio Ermotti promet de se défaire au plus vite de ce mandat ; non sans affirmer lors d’une interview au SonntagsBlick (16.10.2011), que Panama ne signifie par « argent noir » et que de toute façon, c’est l’argent noir qui a fait la richesse de la Suisse.
Aujourd’hui, le discours de Sergio Ermotti a radicalement changé de ton. Fini le cynisme, promis juré. Dans l’attente de pouvoir vérifier dans les faits s’il dit vrai, Unicredit vient d’annoncer une perte record de 10.6 milliards d’euros. C’est pourquoi UBS donne l’impression d’avoir engagé comme chef pompier un pyromane notoire.

*www.vigousse.ch

Le printemps passé semble désormais si lointain. Les odeurs de la nature qui revenait à la vie, un hiver avare de neige. Un homme, immolé au cours de l’hiver en Tunisie, surgi. Puis le printemps arabe. La révolution tunisienne. L’Égypte. Kadhafi. La crise. Et la mémoire qui recommence à courir et fuit en avant.

La timeline est devenue un instrument qui domine nos écrans. Le temps qui défile avec ses images et ses sons s’enregistre à travers un programme informatique. C’est paradoxal car la chronologie des évènements passés peine à se configurer. Dans la reconstitution, sans l’aide de supports, les séquences se mélangent et se superposent. Piles de papier désormais recyclé. Flots d’informations et impulsions audiovisuelles. Le rythme infernal de nos vies,  un marteau-piqueur qui semble effriter le temps à son passage. Tabula Rasa nécessaire à l’oubli qui permet le remplissage de nouvelles données. Un formatage permanent.

Dans la toile de fond de cet étrange mélange entre vies privées et l’exposition aux évènements médiatiques, des explosions et la peur. Au printemps, dans notre routine quotidienne, nourrie par des sources invraisemblables d’énergie, s’était engouffré le doute. La confiance avait craquelé, l’idée que notre monde puisse s’écrouler nous avait pris à la gorge. Le Japon atteint dans son ventre était un miroir que nous ne pouvions pas éluder.
Un bâtiment fait de béton armé en poussière dans le ciel. Les débats qui avaient suivi démontraient à quel point la peur d’une catastrophe nucléaire peut nous frapper. Est-ce possible de retrouver dans la mémoire, pour la situer dans le calendrier, celle de Fukushima ?

À l’heure de la crise économique actuelle, la pensée retourne souvent à celle de 2008. Les subprimes. Alors, un changement et une ère nouvelle avaient été annoncés. Rien n’aurait été plus comme avant. Aujourd’hui nous découvrons que c’était vrai, puisque c’est pire. C’est peut-être pour cela que le souvenir de Fukushima s’enfouit.

*webcam Fukushima http://pon.bex.jp/all2.html