Archives de suicides

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〉Il y a de plus en plus cette tendance de ne plus rien commencer puisque tout débute. Finalement, c’est l’indice d’une représentation continue : quand tout débute et plus rien ne commence c’est comme si à chaque fois il y avait une première, une nouvelle et perpétuelle levée de rideaux. Si au tout début, par exemple, à la place du commencement il y avait eu un début alors le projet aurait été différent. Aujourd’hui, au contraire, le projet semble changer puisqu’il y a de moins en moins de fatalités et de plus en plus de défis. La fin d’un projet en appelle un autre, dans une courbe de croissance nourrie d’efficience. Il s’agit d’une tendance de plus en plus difficile à mesurer dans le discours, mais qui recherche un ensemble de mouvements qui se suivent. Les courbes du graphique de la vie dictent, résument et synthétisent les nouveaux projets, l’efficience et le début d’une nouvelle tendance qui généralement vise la hausse plutôt que la baisse.

De moins en moins de personnes peuvent s’extraire de cette tendance à relancer les défis, qu’ils soient du quotidien, professionnels ou carrément hédonistes. Alors tout débute car chaque mouvement de commencement est en réalité une série qui annonce un ensemble de décisions et d’actes qui s’assemblent d’abord dans un projet,puis dans un chantier qui ne peut pas commencer vu qu’il débute.

« Les courbes du graphique de la vie dictent, résument et synthétisent les nouveaux projets, l’efficience et le début d’une nouvelle tendance qui généralement vise la hausse plutôt que la baisse »

Prétendre que tout ne soit pas –de plus en plus- dévoré par les chantiers des défis et des projets ressemble aujourd’hui à un combat d’arrière-garde. Dans l’éternel commencement du même réside l’illusion de l’éloignement de la fin, c’est pourquoi il convient de débuter plutôt que de commencer. Proposer un autre chantier ou un projet différent serait aussi compliqué, puisqu’il serait inscrit dans le même type de démarche : sortir du défis permanent par un autre défis est en effet paradoxal.

Ayant de moins en moins d’idées pour sortir de l’impasse provoquée par de plus en plus de projets et de chantiers qui visent à la fois à l’efficience et à la croissance, laissant de moins en moins d’espaces à la respiration et à l’imprévu, le projet pourrait être celui de résister. A moins que résister  puisse se révéler trop dur. L’issue pourrait alors se matérialiser, dans un moment de détresse, dans l’abandon de tout projet. Laisser le chantier en l’état pour s’en extraire; renoncer aux courbes et aux tendances pour en finir. ♦

Desahucio. Ce mot traduit le cauchemar qui frappe, depuis des mois et des mois désormais, le destin de milliers de citoyens espagnols.
Il s’agit de la saisie du logement de la personne, du couple ou de la famille qui n’arrive plus à payer l’hypothèque de son habitation. Dernièrement, le cas d’une ancienne élue socialiste basque a fait la une des médias internationaux. Amaia Engaña, 53 ans, résidente à Barakaldo, en Biscaye, s’est donné la mort se jetant depuis le quatrième étage de l’immeuble où elle habitait. La femme n’arrivait plus à payer la dette qu’elle avait contractée à La Caixa. Son destin a provoqué une très grande vague d’indignation, des manifestations ont eu lieu à Barakaldo où des milliers de personnes ont demandé l’arrêt de la pratique des saisies telles qu’elles sont pratiquées en Espagne. Les «desahucios» étant un phénomène généralisé, les gens sont descendus dans la rue un peu partout en Espagne mais surtout dans les régions urbaines fortement frappées par le chômage.

La saisie du logement en Espagne se caractérise par le fait que ceux  qui en sont frappés se voient dans l’obligation de rendre leur  logement à l’institut de crédit qui détient l’hypothèque, mais doivent continuer à payer la moitié de la valeur du logement et cela alors que très souvent la cause de la saisie est justement une condition de chômage prolongée.
Le cas de Amaia Engaña n’est pas du tout isolé. Le 23 octobre passé, par exemple, à Granada, J.M. Domingo – un homme âgé de 53 ans également- avait été retrouvé pendu dans le patio de la maison qu’il habitait et qui allait être saisie.

Un destin semblable a frappé Juan Alvarez à L’Hospitalet de Llobregat, dans la province de Barcelone,  ou encore d’Isabel. Cette personne handicapée s’est jetée depuis le onzième étage de l’immeuble où elle habitait à Malaga. Et le 16 novembre dernier, un homme de 50 ans se jetait par la fenêtre de son appartement à Cordoue, quelques minutes avant la venue des huissiers.

Le fait de devoir continuer à payer le 50% d’une hypothèque relative à une valeur largement surévaluée de l’immeuble, calculée à l’heure où la bulle spéculative immobilière espagnole battait son plein, est un facteur central pour comprendre ces suicides. Plusieurs plates-formes et associations qui se battent contre cet état de fait demandent que la saisie du logement suffise à l’effacement de l’hypothèque. En effet, la surévaluation de la valeur des logements n’était pas de la responsabilité des personnes qui l’avaient contractée. Et la sous-évaluation actuelle de l’immobilier espagnol non plus.

Les destins des personnes qui se sont suicidées appellent à un changement de la loi. Mais pour l’instant le gouvernement Rajoy n’a pas changé entièrement la donne, bien qu’un moratoire des saisies et expulsions ait été adopté pour les cas les plus graves et critiques, en réalité une quantité vraiment très réduite. Les citoyens vivent d’autant plus difficilement cette sombre situation que le sauvetage par l’Etat de banques mal gérées a été souvent accompagné de bonus aux dirigeants.

En Espagne, la situation est sombre, l’heure est grave. La rue s’enflamme, provoquant l’arme préférée de la droite, la matraque. Comme si la solution devait passer automatiquement par là.

 

*Plataforma de afectados por la Hipoteca – PAH – http://bit.ly/109d4SK

*article publié par www.lameduse.ch