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〉Il y a de plus en plus cette tendance de ne plus rien commencer puisque tout débute. Finalement, c’est l’indice d’une représentation continue : quand tout débute et plus rien ne commence c’est comme si à chaque fois il y avait une première, une nouvelle et perpétuelle levée de rideaux. Si au tout début, par exemple, à la place du commencement il y avait eu un début alors le projet aurait été différent. Aujourd’hui, au contraire, le projet semble changer puisqu’il y a de moins en moins de fatalités et de plus en plus de défis. La fin d’un projet en appelle un autre, dans une courbe de croissance nourrie d’efficience. Il s’agit d’une tendance de plus en plus difficile à mesurer dans le discours, mais qui recherche un ensemble de mouvements qui se suivent. Les courbes du graphique de la vie dictent, résument et synthétisent les nouveaux projets, l’efficience et le début d’une nouvelle tendance qui généralement vise la hausse plutôt que la baisse.

De moins en moins de personnes peuvent s’extraire de cette tendance à relancer les défis, qu’ils soient du quotidien, professionnels ou carrément hédonistes. Alors tout débute car chaque mouvement de commencement est en réalité une série qui annonce un ensemble de décisions et d’actes qui s’assemblent d’abord dans un projet,puis dans un chantier qui ne peut pas commencer vu qu’il débute.

« Les courbes du graphique de la vie dictent, résument et synthétisent les nouveaux projets, l’efficience et le début d’une nouvelle tendance qui généralement vise la hausse plutôt que la baisse »

Prétendre que tout ne soit pas –de plus en plus- dévoré par les chantiers des défis et des projets ressemble aujourd’hui à un combat d’arrière-garde. Dans l’éternel commencement du même réside l’illusion de l’éloignement de la fin, c’est pourquoi il convient de débuter plutôt que de commencer. Proposer un autre chantier ou un projet différent serait aussi compliqué, puisqu’il serait inscrit dans le même type de démarche : sortir du défis permanent par un autre défis est en effet paradoxal.

Ayant de moins en moins d’idées pour sortir de l’impasse provoquée par de plus en plus de projets et de chantiers qui visent à la fois à l’efficience et à la croissance, laissant de moins en moins d’espaces à la respiration et à l’imprévu, le projet pourrait être celui de résister. A moins que résister  puisse se révéler trop dur. L’issue pourrait alors se matérialiser, dans un moment de détresse, dans l’abandon de tout projet. Laisser le chantier en l’état pour s’en extraire; renoncer aux courbes et aux tendances pour en finir. ♦

novlangue

〉Il n’est plus du tout bluffant, pour un magazine, de traiter de vacances tendance, surtout si les solutions de logement proposent une ambiance design dans un cadre atypique. Et encore moins si les activités offertes sont  ludiques: le tout à un prix éthique.

Certes, un article ludique qui se moque des objets design ou des vacances éthiques pourrait bluffer le lecteur qui apprécie le journalisme atypique, mais celle-là n’est pas la tendance.
Au contraire, il est plutôt bluffant de constater à quel point la tendance de magazines design est plutôt à la promotion de produits éthiques dans un mélange rusé d’articles sérieux et sujets ludiques, ce qui en somme n’est pas du tout atypique.

C’est une absurdité. Pour s’opposer à cette tendance il serait plus atypique de traiter de folklore : une ceinture appenzelloise promue à objet design à condition qu’elle soit portée avec un costume, de manière ludique. Toutefois, il ne faut pas exagérer, car il serait beaucoup moins bluffant de faire le plaidoyer de la Corrida : une tradition qui n’a rien d’éthique. Car la provocation est un piège qui n’a rien de ludique. Il s’agit d’une attitude adoptée par des personnages à l’éthique douteuse dont la plus grande excentricité est de porter des lunettes design. Leur discours n’est plus bluffant : s’il il y a cinq ans leur propos était atypique, aujourd’hui il est submergé par une tendance réactionnaire bien moins ludique.
C’est que la réalité se noircit et nous la fuyons à travers l’achat compulsif d’objets design ou la consommation d’activités ludiques. Pour nous donner bonne conscience, nous choisissons les plus éthiques ; pour nous sentir différents, nous optons pour les plus atypiques.

« un article ludique qui se moque des objets design ou des vacances éthiques pourrait bluffer le lecteur qui apprécie le journalisme atypique, mais celle-là n’est pas la tendance »

Ce qui serait vraiment étonnant, c’est qu’un magazine nous propose, pour nos vacances, des destinations en vogue pour que nous puissions nous amuser dans un contexte inclassable qui nous surprenne par son style. Le tout, bien entendu, à un prix que nous jugeons juste.
Au retour, ça nous inviterait à chercher les mots qui racontent notre séjour sans vouloir bluffer personne : tendanceéthique, design et ludique n’ont vraiment plus rien d’atypique. ♦